Tommy / Pierre2011 > Canada (Québec, Alberta, Yukon, British Columbia) & USA (Alaska) / 11 fev > 4 mai
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(J'ajouterai des photos plus tard)
De retour de Vancouver Island, je suis à présent à Vancouver avec pour mission d’y tuer le temps jusque mardi, jour du retour en Belgique. Pas vraiment un souci quand on aime trainer des heures durant dans les bouquineries, salons de thé, marchés et disquaires ! Une manière agréable de depenser ses dernières devises encore en poche … Ce qui me fait penser que je n’ai pas encore abordé la question du cout de la vie ici au Canada. Well, je serai bref : il est très élevé. Pain (d’usine) a 2,50 euros, lait à 1,50-3 euros le litre, 12-15 euros pour un pack de 6 bières (souvent effroyables), vous voyez le topo. Parait que l’essence est bon marché, c’est déjà ça. Dans ce contexte, j’ai été d’autant plus heureux de faire appel à Couchsurfing, les nuits en auberge coutant elles aussi une fortune ! Et je suis loin d’avoir eu mes trois repas réglementaires par jour, celui de midi valsant souvent à pertes et profits (ou alors deux pains au fromage à 99 cents chaque, histoire de se caler l’estomac). Voyager à l’intérieur du Canada est également source de ruine (jamais vu de tickets Greyhound aussi élevés, et l’avion est quasi inabordable, à tel point que beaucoup de canadiens « descendent » d’abord aux USA pour y attraper un avion vers la ville canadienne de leur choix), donc mon choix de faire du stop m’aura la aussi permis de faire de sérieuses économies. Et puisque ce faisant j’y ai vécu de sacrées aventures et rencontré de chouettes personnages, c’est tout bonus !
Il faut aussi savoir que tout ce que l’on achète au supermarché ou commande dans un snack, resto, est hors taxe, donc difficile d’estimer à combien sera le montant final, d’autant plus qu’un pourboire est requis dans les pubs et restaurants sous peine de se faire cracher au visage. Enfin, au niveau communications, on est là aussi loin des standards européens (et australiens, au fond) puisque vous payez pour chaque appel et sms envoyé, normal, là ou ça se corse c’est que votre crédit s’envole tout autant pour tout appel et sms RECU ! De la grosse arnaque, quoi …
A part ça, il n’y avait pas grand-chose à retirer de Vancouver Island finalement. Je me sens vraiment blasé parfois, peut-être aurais-je du garder l’Islande, Nouvelle Zélande et Australie pour la fin de mes jours, parce que désormais les lacs, plages, glaciers, montagnes, semblent ternes en comparaison ! Mais j’avais heureusement de bons compagnons de voyage ou hôtes, comme Ben et Jessica a Nanaimo (déjà évoqués), ou les allemandes de l’auberge de Tofino avec qui on a joué au billard et kicker durant des heures et des heures, puis Jenny qui m’a accueilli pour 4 jours à Victoria, l’occasion pour moi de me faire entrainer dans ma premier séance de yoga, de gouter mes premiers Sushis, de préparer des crêpes et du du hachis Parmentier etc.
A présent à l’auberge de Vancouver pour une nuit (je resterai ensuite le reste du temps chez Heather, je n’aurai décidément jamais rencontré autant de locaux !), j’y savoure le coté lugubre des lieux et surtout de ses clients, qui tirent tous la gueule et trainent la patte dans les couloirs sombres. C’est simple, ils ont tous l’air de fous, cancéreux ou dépressifs par ici. J’adore, évidemment ! Cela a sans doute à voir avec le redoutable et proche quartier d’Hasting, ou l’on croise à toute heure un splendide ramassis de gibiers de potence et margoulins, clochards qui hurlent, camés décharnés, un type habillé en seigneur Sith de la Guerre des Etoiles (regard mauvais en prime bien sûr), un autre portant une énorme horloge de cuisine autour du cou et une salopette jaune, bref le fidèle sosie de Flavor Flav du groupe rap Public Enemy, waw, un vrai régal que ce quartier gangréné ! (J’essaierai d’y prendre des photos un jour, mais je ne sais pas si c’est très conseillé …)
(davantage de photos des que j'aurai une connection qui le permet)
Ce n’est pas mon genre de ricaner sur le dos des autres, naturellement, et ça tombe bien tant nos amis américains et leur évolution déviante m’inspirent surtout une profonde détresse. Quelques haut le c½ur, également.
Je m’explique (mais sans en faire une thèse non plus, don’t worry) : le plus frappant dans cette partie du monde et de l’Amérique en particulier, c’est l’absence presque totale d’intérêt pour ce qui ne concerne pas les Etats-Unis. Pour avoir infiltré quelques citoyens durant ces deux dernières semaines, je dois bien avouer avoir plusieurs fois eu envie de jouer les donneurs de leçons, ne comprenant absolument pas comment il était possible de vivre comme si rien n’avait d’importance passé la frontière. Ecologie, trou de la couche d’ozone ? C’est bon pour les européens, qu’est-ce qu’on peut bien en avoir à foutre avec nos frigos gigantesques, les pickups, et vas-y que je te laisse la lumière dans chaque pièce de la maison durant toute la journée, que je te promène le cabot en roulant au ralenti derrière, la télé qui fait du boucan sans personne pour la regarder …
La télévision justement, il faut voir les programmes pour les croire. Ces temps-ci, ce sont les choix économiques d’Obama qui attisent les débats. Va-t-il augmenter les impôts ? Sacquer le financement du système éducatif ? Davantage taxer les riches ? Ici, ça semble être le débat du siècle. Seule interférence, voilà qu’on annonce un nouveau tremblement de terre au Japon. Temps d’antenne ? 10 secondes. Suivies par 5 minutes de publicités. Puis on revient sur d’interminables discussions des uns et des autres quant à l’avenir politique du pays. Je lâche prise après avoir entendu un sénateur dire quelque chose du genre : « On ne peut pas suivre Mr Obama quand il prétend vouloir mettre notre pays au même niveau que le reste du monde à la table des discussions, non, les Etats-Unis se doivent d’agir en leader et pas autrement ! »
C’est fou le nombre de fois où je me suis dit que j’avais pitié de ces pauvres gens effrayés, qui ne comprennent rien aux enjeux de ce monde (pas que je ne sois non plus très clairvoyant en la matière, mais il y a des limites), sont aveuglés par les âneries qu’on leur balance à tout bout de champ, incapables de trier le vrai du faux. Quant à ce qui touche la culture et l’humour, well, je ne vais pas m’étendre là-dessus, tant tout ou presque m’est apparu formaté, prémâché.
Je quitte donc Ketchikan, ma dernière ville d’Alaska, après avoir rencontré pas mal de gens fort sympathiques, mais en m’étant à plus d’une reprise dit qu’avec pareil « modèle » aux commandes, on n’était pas sorti de l’auberge !
Je me dirige à présent vers Vancouver, heureux à l’idée de retrouver le Canada, mais sans encore vraiment savoir ce que j’y ferai. Comme d’hab, les envies et directions viendront en leur temps !
Ps : Pas non plus fâché de ne bientôt plus devoir convertir les fahreneit, inches, pounds, feet etc ! C’est d’ailleurs étrange comme les States ont conservé les mesures anglaises alors qu’ils se sont affranchis de tout le reste, tandis que le Canada, toujours symboliquement lié à la reine et membre du Commonwealth, est quant à lui passé au système métrique. J’aurais aussi dû prendre en photo chaque robinet / douche différent(e) rencontré (e) tant au Canada qu’aux States ! Un coup ça se pousse, se tire, penche à droite, à gauche, ou alors faut abaisser un levier au préalable, de quoi se prendre pour Lara Croft !
Ps 2 : Update depuis le ferry : J’ai y ai sympathisé avec Sam, un gars de Bellingham, Washington. Il a environ 20 ans et m’a expliqué que chez lui, il lui arrive souvent de tirer sur les cerfs qui traversent son jardin, cela depuis son divan ! Aussi, cela fait quelques jours que je me serine qu’il sera bientôt temps de me couper les cheveux, la dernière fois remonte à cinq mois après tout. Mais en me jetant un coup d’½il furtif dans le miroir des toilettes ce matin, je me suis simplement dit qu’en cette minute précise, non, au fond, tout est parfait ainsi, ne changeons rien (ca me permettra ainsi de bientôt jouer le remake de Boucle d’or et les trois ours)
Souvenirs de Juneau : une dizaine d’aigles chauves (bald eagle en anglais, doit certainement y avoir une meilleure traduction …) perchés sur la branche d’un arbre, qui me fixent de leur regard glacé, une promenade sous un glacier, quelques heures à jouer de la basse avec de parfaits inconnus (Kyle, Gabe, Melinda, April, Nate, autant les noter tant que je m’en souviens) jammant du folk et bluegrass, le premier feu de bois du printemps et les discussions nocturnes qui vont avec, un souper fromage, une danse frénétique sur un groupe country – ou Honky-Tomk, plutôt - dans un saloon, une longue promenade sous la neige avec la voisine Amy et son chien, les excellents comics de mon hôte Ben, chez qui j’ai aussi très certainement vécu (ou plutôt provoqué) l’épisode le plus honteux de tous mes voyages réunis !
Au programme de cette septième (je pense ?) semaine : obstination, chance et galerie de personnages plus vrais que nature !
Tout débuta lorsque je me mis en tête de rejoindre en stop la ville de Dawson City (600 kms de Whitehorse). Echec complet le samedi, 3 voitures par heure, je jette l’éponge a regrets pour retenter ma chance le lundi, et être cette fois chargé - ça ne s’invente pas dans pareille région de ruée vers l’or -, par un vieillard à longue barbe, binocles et chapeau cabossé, lequel m’annonce bien sûr qu’il est possesseur d’un claim ! Mon deuxième lift est un père de famille qui ressemble davantage à un avocat, mais dispose lui aussi d’une mine d’or … Arrivés a Dawson city, nous jouons au backgammon en sirotant une bière dans un ancien bordel, puis je prends une chambre au saloon le plus malfamé du coin avant d’aller rendre visite à Caveman Bill, une sorte d’ermite qui vit dans un rocher au bord de la rivière Yukon, et dont un autre voyageur m’a dit le plus grand bien. Parait que le gaillard peut m’indiquer plein de chouettes choses à faire, et un endroit moins cher pour les nuits suivantes. Hélas, je trouve l’individu en question particulièrement mal embouché ce soir-là, car il me ferme quasiment la porte au nez … Soit. La ville est sympa, mais curieusement après ces stops fructueux et les six heures de route (merveilleuse, soit dit en passant), je ne la ressens pas très positivement. Hors période touristique, quasi tout est fermé. Quant au saloon il n’attire que les sacs à gnole, et comme je ne me vois pas dilapider mes dollars en leur sinistre compagnie, je rase les murs et file m’enfermer dans ma chambre – du moins, autant que les gonds à moitié arrachés le permettent – pour y regarder un film ! Le lendemain, je repars déjà en stop vers Whitehorse, déçu par cette ville, mais sans regrets. Je bénéficie pour ce retour d’un routier amérindien qui m’explique que chez lui, encore plus au Nord, il y a une route qui s’étend sur 150 kilomètres de rivière gelée, une route que les poids lourds empruntent. Je vous laisse imaginer l’épaisseur de la glace … Il m’explique aussi s’autoriser parfois des siestes au volant, quand la route est droite et dégagée a perte de vue, puis bien sûr il mange tout en conduisant, se roule un joint, bref ces gars ne s’arrêtent jamais. Le plus dingue dans l’histoire, c’est qu’il avait déjà fait la route Whitehorse-Inuvik la veille pour transporter des pièces de rechange, mais que son patron a remarqué que le fournisseur s’était planté, donc revoilà mon chauffeur bon pour se retaper dix heures de route jusque Whitehorse, rester là une nuit, charger les bonnes pièces, puis de nouveau dix heures. Waw !
J’ai également été plus que têtu lorsqu’est venue l’heure de définitivement quitter Whitehorse, direction Skagway, Alaska. Cela histoire de ne pas bêtement « redescendre » vers la Colombie Britannique par la même route que celle empruntée à l’aller. Je suis entre autre chargé par une amérindienne qui ne tarde pas à me proposer de devenir le manager de son groupe de danse , ce qui ne l’empêche pas de me demander une participation aux frais d’essence de dix dollars cash (première fois que je rencontre quelqu’un qui ignore à ce point comment fonctionne le stop) … Mon bienfaiteur suivant m’emmène jusqu’à la frontière canadienne via une route incroyable qui serpente à travers de gigantesques montagnes. Il est quelque peu sarcastique et me prévient que je devrai sans doute marcher jusqu’à la douane américaine, qu’on rejoint par une route difficile au sommet d’une montagne mais, dit-il, les deux douanes ne sont distantes que de quelques kilomètres. Bon, l’expérience m’a appris la méfiance quand quelqu’un se lance dans les approximations de distances, et je ne suis dès lors pas surpris de voir, à la douane canadienne, un panneau m’annonçant le poste suivant à 12 (à ce moment je pense lire kilomètres mais hélas, il s’agira de miles). Je me lance donc dans une marche de trois heures, accueilli de ses bras glaces par une tempête de neige ! Au bout d’une heure, je sors la tête de mon capuchon et m’aperçoit que les alentours ont disparu dans un brouillard blanc, idem pour la route, sous neige. Pas un véhicule, c’est le silence le plus complet. Je presse le pas pour arriver avant la fermeture de la douane (sous peine de devoir passer la nuit dehors), et suis heureusement chargé par un couple du Colorado a deux miles de la frontière (j’en aurai donc marché 10, soit 16 km je pense). Le passage se fait sans soucis, après dépôt des empreintes digitales, fouille du sac, et malgré mes quelques craintes que n’auront pas dissipé l’accueil du douanier ricain (lequel, bien entendu, chique avec vigueur, pouces passés dans la ceinture, est bedonnant, et lâche des « that’s correct » à tout bout de champ) : « Si on ne l’accepte pas (en me désignant à mes amis du Colorado), vous devrez le ramener sur le territoire canadien ».
Signe que la chance est enfin de retour après mes échecs cuisants en nord de route : j’arrive à Skagway, délicieuse petite ville balayée par un vent qui fait claquer les bâches et grincer les gonds. Personne en rue, je n’ai même pas de plan avec moi, juste un souvenir d’adresse entrevue sur internet. Je me dirige donc vers la rue en question, et voit de loin un horrible panneau CLOSED a la fenêtre de l’auberge visée. Tant pis, je me dis, au pire je me paie un bed and breakfast, ça vaudra mieux que d’attendre dans la rue jusqu’à l’aube. Pour en avoir le c½ur net et m’informer quant à d’éventuelles autres adresses bon marche, je frappe à la porte de l’auberge et suis accueilli par un ventripotent bonhomme à bretelles, l’air peu engageant. Je dois avoir l’air particulièrement misérable après mon épuisante marche, car il s’efface bientôt pour m’inviter à entrer, malgré que la saison ne démarre qu’au premier avril. Une avance de deux jours qui tombe à pic pour moi, car voilà qu’il me propose de l’aider à arranger l’auberge avant l’arrivée des premiers clients (nettoyage, rangement), cela en échange de la gratuité de mon séjour ! J’apprends ensuite qu’il a une fille qui vit a Dour en Belgique ( !), que c’est un vétéran du Vietnam, républicain, ardent défenseur du deuxième amendement sur le droit pour tout citoyen de posséder une arme à feu et de faire régner la justice dans le voisinage …
Ps : Même si je n’avais rien à y faire, ce fut un peu triste de quitter Whitehorse, surtout après ce soir ou j’aurai disputé pas moins de dix parties d’échecs d’affilée avec Tyrel, mon nouveau pote de l’auberge (avec bonne musique, thé au gingembre et muffins, on se serait cru à la maison), puis encore cinq le lendemain, toutes gagnées par bibi !
Je ne pouvais pas quitter le Canada sans avoir fait un peu de stop, c’est la coutume … Je suis d’abord parti de Calgary (muni de granola bars et pain d’épice maison concoctés par Evonne, la dame chez qui je suis resté deux jours à Black Diamond) pour faire du pouce (comme disent les québécois) vers Edmonton. Avec la première personne à me prendre, nous avons discuté de sujets bateau mais qui aident à passer le temps : les ogm, l’éducation, le lait qui selon lui provoque des cancers etc. A Edmonton, je suis évidemment prié de prendre sa carte professionnelle (comme si j’allais jamais avoir besoin de le recontacter … Mais bon, les ricains – et donc canadiens – font toujours ainsi) ainsi qu’un petit livret pour “me faire réfléchir a ce dont nous avons parlé”. A peine a-t-il le dos tourne que je lis les premiers mots du livret : « Ne laissons pas Satan s’immiscer parmi nous ! ». Hum, encore une propagande catho extrémiste anti fumeurs de joints, gays, lesbiennes, musulmans et que sais-je. A la poubelle.
Rien à dire sur Edmonton, la ville est hideuse. Je passe 3 heures dans un centre commercial géant très drôle (avec parc d’attraction, piscine, galion à explorer, saut à l’élastique, spectacle de phoques) mais vraiment, rien à retirer de cette ville. De là, j’aboutis a Dawson Creek chez un autre couple de vieux couchsurfeurs. Gord, le mari, va se révéler un très bon guide, m’expliquant notamment l’histoire de la ville, la construction de l’Alaska Highway par les américains pendant la seconde guerre mondiale (plus de 1500 km en 2 mois, semble-t-il !)
Arrive le 21 mars, fatal jour du printemps. J’aboutis a Fort Nelson grâce à Dolphus, un amérindien qui vient de m’avancer de 600 kms d’un coup et m’offre même un roman de trappeur que je suis impatient de lire. Et c’est là que la belle machine du pouce va s’enrayer … Apres un ultime lift qui m’emmène a 20kms de la ville, voilà que les heures défilent et que la nuit s’installe. Les poids lourds me snobent, personne ne s’arrête, il reste 500 kms avant Watson Lake, la ville suivante. Dans le noir complet, me disant que les loups ne vont pas tarder à débouler pour venir m’achever, je décide de rebrousser chemin et suis enfin charge par deux jeunes qui m’emmènent dans « l’hôtel le meilleur marche en ville ». J’y suis accueilli par une grosse dame qui chique, laquelle me fait remplir l’habituel questionnaire nom-prénom-adresse, suivi d’un autre interrogatoire plus surprenant : « Avez-vous été en prison ces six dernières années ? », « Quel est ton pseudonyme ? (street name) », « Qui pouvons-nous appeler en cas de décès ? » Un peu surpris, je finis par demander a combien sont les chambres, a quoi la dame me répond que c’est gratuit. Ah. Devant mon étonnement, elle m’explique que je suis dans un shelter (refuge pour les paumes, âmes égarées, whatever) ! Je reçois même un sandwiche, puis on me montre la chambre que je partagerai avec un certain Carlos, une armoire a glace tout en tatouage, qui va bien sur ronfler comme un ours toute la nuit. Au moins ne m’a-t-on pas épouillé (ni dépouillé !)
Le lendemain, je réessaie le stop mais rien à faire, je prends donc le bus jusque Whitehorse (avec un retard de cinq heures et une petite asiatique qui essaie de me convaincre que Jésus est assis a cote de moi, qu’elle veut me donner une bible etc.), ou je me trouve une chouette auberge. Hélas (pas de raison que les choses s’arrangent, hein), le stop ne marche pas mieux ici, et mes tentatives pour rallier Dawson City (bled cowboy avec saloons, bibine à flot et courses de chiens) vont s’avérer infructueuses. Pas davantage moyen de me rendre dans les parcs nationaux, trop distants … Parfois on a la chance de rencontrer d’autres voyageurs avec qui partager l’essence de leur véhicule, parfois non. On va donc dire que la conjoncture n’est pas idéale pour l’instant !
Qu’à cela ne tienne, les options sont nombreuses (trop, même): l’Alaska, redescendre lentement vers Vancouver, passer dire bonjour à mes amis en Idaho … Ca se décantera d’ici peu !
Etrangetés de la semaine :
- En
Alberta les poubelles publiques ne s'ouvrent que par un système de bouton
poussoir, histoire d'empêcher les ours de descendre faire une razzia en ville ;
- Sour cream, brocolis chaque jour (quelle idée, franchement !), bacon en billes
(qu'on achète dans un bocal), perogis ... La nourriture locale est vraiment très
étrange à mes yeux ! Autant que ne l'est pour eux le fait de manger du Nutella
sur du pain chaque matin, je crois.
Ma route s'est pour l'instant achevée à Black Diamonds, trou perdu de
l'Alberta, lointaine banlieue de Calgary. J'y loge chez Evonne et Robert deux quinquagénaires
bien sympathiques, avides de voyager par le biais des gens qu'ils reçoivent de
temps en temps à la maison. Aujourd’hui, j'ai été marcher avec Dick, un de leurs
amis, dans les Rocky Mountains. Au sommet d'un passage du nom d'Hells Ridge,
nous avons mangé nos sandwiches et bu du vin en admirant le paysage. Sehr cool
! Dick est le genre de personnage que je
vais de plus en plus souvent rencontrer désormais, je pense : taciturne, un peu
bourru, du genre à conduire durant des heures en écoutant de la country pour
aller rejoindre ses potes dans un lointain bistrot et y jouer au billard toute
la soirée, chacun payant son jug de bière a la ronde et draguant la serveuse
pour la forme. Un brave type quoi, même si beaucoup le traiteraient sans nul
doute de redneck.
Une semaine plus tôt, j'étais dans le train venant de Toronto. Le rythme lent
et la monotonie du paysage m'ont aidé a enfin me concentrer sur le projet de bd
jusque-là bloqué depuis des mois ... Résultat : pas moins de 30 planches de réalisées
(storyboardees évidemment, pas dessinées !), donc on peut dire que le voyage
aura été profitable ! Voyager simplifie et clarifie ma vision des choses. Non seulement pour cette bd, mais aussi sur ce que je veux, qui j'aime dans ce monde, etc etc, toutes ces sornettes de philosophe itinerant a deux balles, quoi !
A la gare de Jasper, j'ai passé un coup de fil a Jonas, le seul couchsurfeur du
cru, et me suis donc annoncé chez lui pour y rester une semaine, pas moins.
Pour résumer, ce type est fou, vraiment marteau. Une sorte de Big Lebowski, en
fait. D’abord, je me pointe chez lui pour le trouver affalé dans le sofa en
train de siffler sa trentième bière de l'après-midi. Pourtant, ses propos
restent cohérents ... Arrivent ensuite Franzi et Noémie, autres voyageuses,
respectivement allemande et québécoise. Dix minutes plus tard, nous jouons au
foot avec des canettes a même le sol de l'appartement, et nous lançons
mutuellement mon Frisbee ! Durant cette semaine très rock n'roll, parsemée de délicieux
breakfasts et repas du soir concoctés par Noémie, nous assistons aussi à une
solide impro ragamuffin par Evans, pote de Jonas qu’il est rare de voir sans
joint aux lèvres, ainsi qu'a une bagarre de boules de neige entre Jonas et Noémie
(toujours dans l'appart, donc), qui se terminera par notre hôte poussé dans la
baignoire, arrachant le rideau de douche au passage, pour aller s'ouvrir le
crane contre le mur. Nous avons aussi assisté à un chouette concert folk au bar
du coin, concert à l'issue duquel je me suis même retrouvé sur scène à pousser
la chansonnette (Blue Monday par New Order) !
De Jasper a Black Diamonds, j'ai bénéficié d'un lift grâce à Addison, jeune
gars de 21 ans bien sympathique et qui a déjà pas mal roulé sa bosse, avec
lequel j'avais marche 30 kilomètres la veille. Route spectaculaire à travers
les Rockies, là aussi avec de la country et du folk évidemment, certains
morceaux étant chantés en français du New Brunswick ou de la Nouvelle Ecosse.
Autant dire que je n'y ai rien compris :)
Qu'on ne vienne plus me demander pourquoi je préfère passer du temps sur la
route plutôt que de vivoter en Belgique à subir une existence médiocre, hein !
C’est toujours agréable de retrouver une grande ville comme Toronto. Avant de replonger dans les bleds et la nature sauvage, rien ne vaut un bon bain d’excentricité et modernité, de clochards dérangés qui hurlent dans les rues et de centres commerciaux aussi grands qu’un paquebot !
Je ne pensais pas y rester si longtemps, à vrai dire, la faute à un train de marchandise qui a bloqué le mien sur la seule voie du pays. Résultat : deux jours de retard, que la compagnie m’a offert de passer dans un hôtel luxueux, repas inclus !
Prochaine étape : le parc national de Jasper, en Alberta. Adieu villes, à moi ours et avalanches !
Et a dans longtemps cette fois, sans doute ......
La ville de Québec restera pour moi comme un exquis lieu de decouvertes surréalistes ! Quand je m’engage sur la route menant vers la citadelle, par exemple, j’ose à peine poser un pied devant l’autre tant le sol est gelé, et n’ayant pas envie de me fracasser net l’os du fémur. L’instant suivant, je suis dépassé par un retraité en tenue de jogging, qui s’engage au trot et sans seconde pensée sur le revêtement piégeur ! Quelques secondes encore, et c’est un cycliste que je vois dévaler la pente … La, je pense : what next ? Une meute d’écoliers montes sur échasses, un cul-de-jatte dans sa boite à roulettes ?
Québec est une jolie petite ville, certainement plus « européenne » que ne l’est Montréal, avec ses fortifications, rues étroites et vieilles pierres. Je suis donc en terrain connu, mais il y a heureusement d'autres choses dignes d'intérêt, telles que les chutes de Montmorency partiellement gelées, le lac Saint Laurent de même, et bien sûr, encore et toujours la gentillesse et le sens de l'hospitalité des Québécois. Cette fois, je tombe au sein d'une colocation de quatre québécoises amies de Marie du message précèdent, de joyeuses luronnes avec qui on va beaucoup discuter de la souris Sibylline (bd, pour ceux qui connaissent !) de voyages, évidemment, et de la participation de Céline (ici, pas la peine de dire son nom de famille) au concours Eurovision en 88, pour la Suisse ! (ce qui a fort surpris je dois dire ... Tant mon hôte principale, Gabrielle, qui pensait tout connaitre de la star nationale, que moi-même, pour être à ce point au parfum quant à ce concours nul !
En covoiturage, j'ai ensuite gagne la ville de Gatineau, tout près de la frontière avec l'Ontario. J'y suis reçu par Mélanie (via couchsurfing, le site de rencontres/hébergement entre voyageurs) et son fiance Greg, avant de filer dare-dare au salon du livre de l'Outaouais, ou je dois y retrouver Michèle Bourgon, auteure avec laquelle j'ai partage y a quelques mois le sommaire d'un recueil de nouvelles. J'espère également pouvoir boire un verre avec l'équipe de la revue Zinc, qui m'ont eux aussi publies, mais j'arrive hélas trop tard que pour les rencontrer. Bref, le déplacement fut nul sur un plan littéraire, mais en revanche j'ai eu l'occasion de discuter avec la directrice du CEGEP (sorte d'école préparatoire à l'université) qui me conjure de lui envoyer mon cv pour faire en sorte de m'obtenir un job dans le coin. Well ... Qui sait ? Ma mission accomplie, je rentre retrouver Mélanie et Greg (me perdant au passage, bien sûr, ce qui me fera gagner un café offert par la serveuse à qui je demande mon chemin) qui vont vraiment se montrer des hôtes parfaits, généreux et très disponibles. Sans même parler des dons culinaires ! Ils ne sont pas nombreux, ceux qui peuvent me faire avaler sans broncher poisson et brocolis ! Comme nous discutons, il apparait que mon couchsurfeur suivant, Chad, qui vit à Ottawa, de l'autre cote de la rivière, suit des cours de swing avec Mélanie ! Il est donc décide de faire un repas commun le lendemain soir, et là encore, quel régal ... Poisson encore (Greg en ramène fréquemment de son boulot dans le Nunavut, chez les Inuits) avec haricots princesse, risotto, plat de fromage, deux sortes de gâteau, vin blanc, rouge, cognac, sherry ...
Mis à part ces libations, je visite Ottawa (ben oui, quand même) ou l'on parle majoritairement anglais. Cette ville, on en fait le tour en un jour, nais j'en retiens tout de même une promenade a patins que Chad m'emmène faire sur le Canal du Rideau (gelé), long de 12 km et qui traverse le centre-ville, ainsi que de beaux bâtiments, le Musée de la Civilisation, lequel retrace l'évolution de la vie des aborigènes/métis/Inuits/autochtones du Canada. En fait c'est assez simple : ces peuples ont vécu heureux durant des milliers d'années avant que les européens ne débarquent et ne viennent imposer leur christianisme, l'agriculture, ne déciment les troupeaux de bisons, introduisent l'arme à feu ... Bref, les bisons (dont les Inuits tiraient profit de l'entièreté du corps des animaux abattus, que ce soit pour élaborer des vêtements, transformer la vessie en récipient, les c*uilles pour en faire des hochets) ont disparu en un rien de temps, idem pour les baleines et les habitudes de troc. A présent, pas mal de ces peuples vivent en réserves et se saoulent du matin au soir, déracinés, privés de leur tradition. C'était un poil triste, mais très instructif et fascinant.Au fond, je pense beaucoup à l'Australie à present que je suis à Ottawa, non seulement pour le parallele avec les aborigenes, mais aussi parce qu'Ottawa est à la base une capitale artificelle cree pour eviter une rivalite entre Montreal et Toronto, exactement comme on a institue Canberra capitale de l'Australie pour couper court aux chamailleries entre Sydney et Melbourne.
Prochaine étape : Toronto, d'où je prendrai un train jusqu'en Alberta près des montagnes rocheuses, quasiment à l'autre bout du pays.
Hello et bienvenue pour me suivre dans cette exploration d'une partie du
continent américain ! (comme d’hab, ceci est surtout par flemme de devoir
retranscrire le meme genre de chose par mail a chacun) …
Pour débuter, j'ai donc atterri à Montréal pour une semaine d'acclimatation et
d'achats de vêtements chauds. Je loge chez David, sympathique
"banlieusard" qui sera un hôte d'exception, très attentif et
indulgent face à mon ignorance des affaires Québécoises, notamment du
referendum qui a failli, il y a quelques années, séparer le Québec des autres
états Canadiens (49,5% des Québécois étaient pour). Cette situation m’a rappelle
quelque chose, bien entendu ! D’ailleurs ici, tout le monde est au courant
de nos soucis Flamands vs Wallons.
A cette période de l'année, Montréal est bien sur plutôt fraiche ... Mercredi,
le thermomètre a ainsi chute jusque -25 et il a fallu d'urgence me procurer de
meilleurs gants ! Deux jours plus tard, en revanche, il faisait 9 degres. David
m'explique (et d'autres le feront par la suite) qu'ici les effets du réchauffement
climatique sont ressentis bien plus fortement qu'en Europe ... Il y a quelques années,
les hivers étaient bien plus rigoureux.
Grace à lui, j'ai pu gouter la poutine (plat de frites avec cheddar et sauce
brune), regarder les Simpsons en Québécois, et obtenir un bon panorama social
et politique du Québec. Le dernier soir avant mon depart pour l’Est, j'ai aussi
été convie à un match de hockey dans lequel j'ai fait de mon mieux, mais ciel
que c'est exigeant !
Fin de semaine donc, j'ai embarque pour douze heures de bus vers Sainte-Anne-des-Monts
et le parc de la Gaspésie, dans la région du même nom. L'idée, à la base, était
d'y retrouver Marie, couchsurfeuse du cru, pour aller marcher dans les
montagnes tout le week-end durant. mais bien entendu, rien ne se passe jamais
comme prévu ... Je passe les détails, mais disons qu'une potentielle tempête de
neige est venu semer le trouble (au point que le chauffeur du bus nous propose
de descendre du véhicule tant qu'il en est temps, car il n'est pas du tout sur
que nous puissions arriver à destination !), pour finalement ne jamais se
produire. Bref, je ne suis retrouve seul dans le parc le samedi (sans
raquettes, a parfois m'enfoncer jusqu'à la taille lorsque je sortais du sentier
sans m'en rendre compte), puis avec Marie le lendemain, pour mon initiation de
marche en raquettes !
Marie, qui vit à Saint-Maxime, est le genre de personne avec qui on se sent à
l'aise dès la première minute : spontanée, naturelle, cette journée en sa
compagnie fut un délice, depuis les 21 kilomètres de marche jusqu'aux steaks et
carottes au sirop d'érable le soir ... J'espère revoir ma "cousine du Québec"
en Europe pour une autre marche ou découverte de la Belgique !
Le week-end termine, j’ai quitté la Gaspésie - par une belle route qui serpente
entre mer gelée et montagnes imposantes - pour aller jeter un coup d'½il à la
ville de Québec, dont tout le monde m’a dit le plus grand bien ...
Détails insolites, en vrac :
* Ici en ville, les gens sont tellement disciplines qu’ils font la file à
l’arrêt du bus, et pas question de forcer le passage !
* Les québécois ne paient pas pour leur distribution d’eau, et les appels téléphoniques
locaux sont illimites.
* Malgré leur souhait de protéger la langue française, les québécois
utilisent pas mal de vocabulaire anglais tel que checker, weird, c’mon.
D’autres mots qu’on n’utilise peu en France ou Belgique,, tels niaiseux ou
dispendieux, sont très prisés ici.
* La fameuse « ville souterraine » dont parlent beaucoup d’européens :
ce n’est en fait ni plus ni moins qu’un enchainement de centres commerciaux sur
plusieurs niveaux …
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